Le parrainage d’orphelins représente l’une des œuvres les plus méritoires dans la tradition islamique, ancrée dans les enseignements coraniques et prophétiques. Cette pratique, connue sous le nom de kafala, occupe une place centrale dans l’éthique musulmane de solidarité et de protection des plus vulnérables. Depuis les premiers temps de l’islam, la prise en charge des enfants orphelins s’inscrit dans un cadre juridique et théologique précis, distinct de l’adoption plénière telle que pratiquée dans les systèmes occidentaux. Aujourd’hui, plus de 153 millions d’orphelins à travers le monde nécessitent une attention particulière, et les communautés musulmanes sont appelées à répondre à cet impératif moral et religieux. La compréhension approfondie des mécanismes de la kafala, de ses implications juridiques et de ses dimensions spirituelles devient essentielle pour quiconque souhaite s’engager dans cette voie de bienveillance.
La kafala islamique : cadre juridique et théologique du parrainage orphelin
La kafala constitue le système islamique de tutelle et de prise en charge des orphelins, distinct de l’adoption plénière interdite en islam. Ce mécanisme juridique permet à un individu ou une famille d’assumer la responsabilité matérielle, éducative et affective d’un enfant sans lien de filiation biologique, tout en préservant l’identité originelle de ce dernier. Le terme kafala dérive du verbe arabe « kafala » signifiant « garantir » ou « se porter garant », illustrant parfaitement la nature de cette relation basée sur la protection et l’engagement responsable.
Les fondements coraniques de la kafala dans les sourates An-Nisa et Al-Ahzab
Le Coran établit les fondements théologiques du parrainage orphelin dans plusieurs passages révélateurs. La sourate An-Nisa (Les Femmes) contient des directives explicites concernant les droits des orphelins et leur traitement : « Et donnez aux orphelins leurs biens ; n’y substituez pas le mauvais au bon. Ne mangez pas leurs biens avec les vôtres : c’est vraiment un grand péché » (Coran 4:2). Ce verset souligne l’importance de la justice et de l’intégrité dans la gestion des affaires des orphelins, établissant ainsi un cadre moral strict pour leur protection.
La sourate Al-Ahzab (Les Coalisés) apporte une précision capitale concernant la filiation : « Appelez-les du nom de leurs pères : c’est plus équitable devant Allah » (Coran 33:5). Cette prescription divine interdit explicitement l’attribution de sa propre filiation à un enfant qui n’est pas biologiquement le sien, marquant ainsi la différence fondamentale entre kafala et adoption plénière. Le Coran mentionne également : « Quant à l’orphelin, ne l’opprime pas » (Coran 93:9), renforçant l’obligation de bienveillance envers cette catégorie vulnérable.
Le hadith du prophète muhammad sur l’accueil de l’orphelin (yatim)
Les traditions prophétiques regorgent d’encouragements au parrainage des orphelins. Le hadith le plus célèbre, rapporté par l’imam Muslim, mentionne : « Nous serons au paradis moi et celui qui s’occupe de l’orphelin comme cela », le Prophète (paix et bénédictions sur lui) joignant alors son index et son majeur pour illustrer cette proximité spirituelle. Cette promesse exceptionnelle témoigne de la valeur considérable accordée à
Cette proximité au Paradis est accordée à toute personne qui prend en charge un orphelin, qu’il existe ou non un lien de parenté. D’autres hadiths évoquent également la douceur à l’égard de l’orphelin, comme celui rapporté par Ahmad : « Celui qui caresse la tête d’un orphelin pour l’agrément d’Allah aura une récompense pour chaque cheveu qu’il a touché. » Ces textes montrent que le parrainage orphelin en islam n’est pas seulement une responsabilité sociale, mais aussi une voie privilégiée vers la miséricorde divine et l’élévation spirituelle. En d’autres termes, la kafala combine un cadre juridique clair avec une grande portée religieuse et éthique.
La prohibition de l’adoption plénière (tabanni) et ses implications juridiques
L’islam distingue clairement la kafala de l’adoption plénière telle qu’on la connaît dans certains systèmes juridiques modernes. L’adoption plénière, ou tabanni, consiste à rompre le lien de filiation avec les parents biologiques et à substituer une nouvelle filiation, souvent accompagnée d’un changement de nom et de droits successoraux identiques à ceux des enfants biologiques. Cette pratique a été abrogée en islam après la révélation des versets de la sourate Al-Ahzab, qui ont mis fin à la fiction juridique de la filiation adoptive comme si elle était biologique.
Les implications juridiques de cette prohibition sont importantes pour le parrainage orphelin en islam. Le kafil ne peut pas déclarer l’enfant comme son propre fils ou sa propre fille au sens juridique de la filiation, ni lui faire porter son nom de famille comme s’il était biologiquement issu de lui. De même, l’enfant parrainé ne devient pas automatiquement héritier au même titre que les enfants biologiques. Ce cadre vise à prévenir la confusion des liens de sang, à protéger les droits des héritiers légitimes et à garantir la transparence dans la gestion des patrimoines.
Pour autant, l’interdiction du tabanni ne signifie pas l’interdiction de prendre un enfant en charge, de l’élever ou de l’aimer comme son propre enfant. Au contraire, la kafala vient offrir une alternative qui permet de conjuguer compassion et conformité à la charia. En pratique, cela implique que la famille d’accueil doit veiller à respecter les règles de filiation, de nom, de succession et de mahram, tout en assurant pleinement les besoins matériels, éducatifs et affectifs de l’enfant. C’est précisément cet équilibre entre générosité et respect des règles que cherche à instaurer le droit islamique.
La distinction entre nasab (filiation biologique) et kafala (tutelle légale)
Pour bien comprendre le parrainage orphelin en islam, il est essentiel de distinguer la notion de nasab (filiation biologique) de celle de kafala (tutelle légale et sociale). Le nasab désigne le lien de parenté établi par la naissance ou, dans certains cas, par la reconnaissance de paternité ou les preuves légales. Ce lien de sang entraîne des conséquences juridiques majeures : droits successoraux, règles de mahram, obligations de pension alimentaire, interdiction du mariage entre proches parents, etc. Il est protégé par de nombreux textes coraniques et prophétiques qui insistent sur la nécessité de ne pas altérer ou falsifier la filiation.
La kafala, quant à elle, crée un lien de responsabilité et de prise en charge, sans modifier la filiation originelle de l’enfant. Le kafil se porte garant de l’entretien, de l’éducation et du bien-être de l’enfant makfoul, mais il ne devient pas son père au sens du nasab. Sur le plan pratique, cela signifie que l’enfant continue d’être attribué à son père biologique s’il est connu, ou à défaut à sa lignée d’origine (tribu, région, nom générique) lorsque cela est possible. Cette distinction protège l’identité de l’enfant et évite les ambiguïtés familiales qui pourraient surgir plus tard, par exemple en matière de mariage ou d’héritage.
On pourrait comparer cette différence à celle qui existe entre la propriété d’un bien et sa gestion fiduciaire. Le nasab serait comme la « propriété » du lien de sang, inaliénable et intransmissible, alors que la kafala serait une « gestion » responsable de la personne, confiée à un tiers pour son intérêt. En gardant à l’esprit cette distinction, le musulman qui souhaite parrainer un orphelin peut mieux articuler son engagement affectif et moral avec le respect des règles de la charia, sans tomber ni dans l’excès de la fiction adoptive ni dans la négligence des droits de l’enfant.
Les positions des quatre écoles juridiques : hanafite, malikite, chaféite et hanbalite
Les quatre grandes écoles de jurisprudence sunnite reconnaissent la légitimité et le mérite de la kafala, tout en précisant ses limites juridiques. Les hanafites considèrent que la prise en charge d’un orphelin relève d’une recommandation fortement encouragée, sans que cela ne crée de lien de filiation ou de droits successoraux automatiques. Ils insistent sur la nécessité de distinguer clairement le nasab et la kafala, notamment dans les actes d’état civil et les jugements. Les malikites, très influents dans des pays comme le Maroc ou l’Algérie, ont particulièrement développé le concept de kafala dans leurs ouvrages de fiqh, en l’intégrant au droit de la famille et à la protection des mineurs.
Les chaféites et les hanbalites partagent l’essentiel de cette vision : ils valorisent fortement l’accueil de l’orphelin, rappelant les nombreuses récompenses eschatologiques, tout en réaffirmant l’interdiction du tabanni et de toute confusion de filiation. Les divergences entre écoles portent davantage sur des détails pratiques, par exemple la manière de formaliser la kafala devant le juge, les conditions de la tutelle financière ou les modalités de restitution des biens de l’orphelin à sa majorité. De manière générale, toutes les écoles convergent sur le fait que le parrainage orphelin en islam est un acte de piété et de solidarité, mais qu’il doit être encadré par des règles claires pour préserver les droits de toutes les parties.
Dans le contexte contemporain, ces positions classiques ont servi de base aux codes de la famille et aux lois sur la protection de l’enfance dans de nombreux pays musulmans. Lorsque vous envisagez d’accueillir ou de parrainer un orphelin, il est donc utile de se référer non seulement aux textes scripturaires, mais aussi à l’avis des savants de votre école juridique ou de votre pays de résidence. Cette démarche permet de s’assurer que la noble intention de prendre soin d’un enfant s’inscrit dans un cadre légal solide, conforme à la tradition islamique et aux exigences actuelles de la protection des mineurs.
Les droits et devoirs du kafil envers l’enfant makfoul
Une fois la kafala mise en place, le kafil assume une série de droits et de devoirs vis-à-vis de l’enfant makfoul. Ces responsabilités ne se limitent pas à l’aspect financier ; elles englobent aussi la dimension éducative, psychologique et spirituelle. En islam, l’accueil d’un orphelin est perçu comme un engagement global, qui transforme la vie du kafil autant que celle de l’enfant. Comment s’assurer alors que cette prise en charge reste équilibrée, juste et bénéfique pour toutes les parties ? Le fiqh classique et la pratique contemporaine offrent plusieurs repères pour organiser concrètement ce parrainage orphelin en islam.
L’obligation de nafaqa : prise en charge matérielle et financière de l’orphelin
La nafaqa désigne l’obligation de subvenir aux besoins essentiels d’une personne : nourriture, habillement, logement, soins de santé et tout ce qui est nécessaire à une vie digne. Dans le cadre de la kafala, le kafil s’engage à assurer cette nafaqa pour l’enfant makfoul, même s’il n’existe pas de lien de filiation biologique. Les juristes considèrent que cette obligation découle du contrat moral et, dans certains cas, du contrat légal conclu devant l’autorité compétente. Il ne s’agit pas seulement d’un acte ponctuel de charité, mais d’une responsabilité continue, qui doit être assumée avec constance et prévoyance.
Concrètement, cela signifie que le kafil doit veiller à ce que l’enfant ait accès à une alimentation équilibrée, à un logement sain, à des vêtements décents et à une éducation de base. Dans les contextes modernes, cette nafaqa inclut souvent la scolarisation, le suivi médical régulier et, si possible, l’accès à une formation professionnelle ou supérieure. De nombreuses associations musulmanes ont mis en place des programmes de parrainage orphelin en islam sous forme de contributions mensuelles, permettant d’assurer cette prise en charge de manière structurée et transparente. Pour le kafil, il s’agit alors de s’engager financièrement de façon réaliste, en tenant compte de ses capacités et de la durée prévisible de la kafala.
Il est également recommandé de faire preuve de générosité, sans pour autant tomber dans l’excès ou le gaspillage. Les savants rappellent que la meilleure nafaqa est celle qui combine justice, mesure et bienveillance. D’un point de vue spirituel, les dépenses engagées pour l’orphelin sont considérées comme une forme de sadaqa continue, dont la récompense se prolonge tant que l’enfant bénéficie de cette prise en charge. En vous impliquant dans la nafaqa d’un orphelin, vous participez ainsi à une œuvre durable, qui peut transformer en profondeur son avenir matériel et moral.
La transmission du nom patronymique et le maintien de la nisba d’origine
L’un des aspects les plus sensibles du parrainage orphelin en islam concerne la question du nom de famille. Comme nous l’avons vu avec le verset « Appelez-les du nom de leurs pères », il est interdit d’attribuer à l’enfant makfoul le nom patronymique du kafil comme si un lien de nasab existait. Cela ne signifie pas que l’enfant ne peut pas porter le nom de la famille d’accueil dans des contextes informels ou affectifs, mais sur le plan juridique et administratif, sa nisba d’origine doit être préservée autant que possible. Lorsque le père biologique est connu, le nom du père doit être maintenu dans les documents officiels.
Dans les situations où l’identité des parents est inconnue, les juristes ont prévu des solutions permettant de désigner l’enfant sans inventer une filiation fictive. Certains pays musulmans utilisent par exemple des noms génériques (comme « Ibn Abdallah » ou des patronymes neutres) qui n’impliquent pas de lien de sang avec le kafil. L’objectif est d’éviter de créer une confusion future, par exemple lors de la conclusion d’un mariage ou dans les procédures d’héritage. Pour la famille d’accueil, cela peut parfois être frustrant, car on souhaiterait intégrer pleinement l’enfant au niveau nominal, mais ce respect de la nisba fait partie des garanties éthiques de la kafala.
Sur le plan psychologique, il est important d’expliquer à l’enfant, au moment approprié, le sens de cette distinction. En lui présentant la vérité avec douceur, vous lui permettez de construire son identité sur des bases solides, sans mensonge ni ambiguïté. On peut comparer cela à une maison bâtie sur des fondations stables : même si la façade ressemble à celle des autres maisons, ce qui compte est la solidité intérieure. De la même manière, le fait de conserver la nisba d’origine ne diminue en rien l’amour et la considération que vous portez à l’enfant ; au contraire, cela montre que vous respectez sa dignité et sa vérité personnelle.
Les responsabilités éducatives selon la tarbiya islamique
La tarbiya islamique occupe une place centrale dans les devoirs du kafil. Il ne suffit pas de nourrir et de loger l’enfant ; encore faut-il l’éduquer, le former et l’accompagner dans son développement moral et spirituel. Dans la perspective islamique, la meilleure forme de parrainage orphelin en islam est celle qui vise à faire de l’enfant un adulte autonome, équilibré et proche d’Allah. Cela implique de lui apprendre la prière, les valeurs de sincérité, de patience, de respect des parents (biologiques et d’accueil), mais aussi de l’encourager à développer ses compétences intellectuelles et sociales.
Les textes prophétiques insistent sur l’importance de l’exemple : l’enfant observe et imite bien plus qu’il n’écoute les discours théoriques. En tant que kafil, votre comportement quotidien, votre manière de gérer les conflits, de dépenser l’argent, de parler des autres, aura un impact profond sur la personnalité de l’orphelin. On peut dire que la tarbiya est comme un jardinage patient : vous semez des graines de foi et de bonnes habitudes, vous arrosez par la bienveillance et la constance, et vous retirez les « mauvaises herbes » des comportements nuisibles. Avec le temps, un caractère solide et harmonieux peut éclore, par la permission d’Allah.
Sur le plan pratique, il est conseillé d’intégrer l’enfant aux activités familiales : participation aux prières en commun, apprentissage du Coran selon ses capacités, implication dans des tâches adaptées à son âge, échanges réguliers sur ses émotions et ses projets. Beaucoup d’enfants orphelins portent en eux des blessures profondes liées à la perte, à l’instabilité ou à la pauvreté. Une tarbiya bienveillante, structurée et patiente peut contribuer à cicatriser ces blessures et à redonner confiance. N’hésitez pas, si nécessaire, à recourir à des professionnels (psychologues, éducateurs) compatibles avec les valeurs islamiques pour accompagner ce processus.
La gestion du patrimoine de l’orphelin et les règles de la wilaya maliya
Dans certains cas, l’enfant orphelin dispose d’un patrimoine hérité de ses parents : biens immobiliers, économies, droits à une pension, etc. Le kafil ou un tuteur désigné peut être amené à gérer ce patrimoine au nom de l’enfant jusqu’à sa majorité. Cette responsabilité relève de ce qu’on appelle la wilaya maliya, c’est-à-dire la tutelle financière. Le Coran met en garde de manière très ferme contre le fait de consommer ou de dilapider les biens des orphelins : « Ne mangez pas leurs biens avec les vôtres : c’est vraiment un grand péché. » (Coran 4:2). Les juristes ont donc développé un ensemble de règles visant à protéger les intérêts de l’enfant.
Le principe de base est que le tuteur financier doit agir comme un gestionnaire prudent, cherchant à préserver et, si possible, à faire fructifier les biens de l’orphelin sans prendre de risques excessifs. Il lui est interdit de mélanger ces biens avec ses propres avoirs de manière à en tirer un profit illégitime. Lorsqu’il doit utiliser une partie du patrimoine pour les besoins de l’enfant, cela doit être justifié, raisonnable et, idéalement, consigné. Les savants recommandent également de rendre compte de cette gestion, que ce soit devant un juge, une autorité de tutelle ou, à terme, devant l’orphelin lui-même lorsqu’il atteint la majorité.
Lorsque l’enfant atteint l’âge de maturité et démontre une capacité suffisante à gérer ses affaires, il convient de lui remettre l’intégralité de ses biens, comme l’indique le verset : « Et éprouvez les orphelins jusqu’à ce qu’ils atteignent l’aptitude au mariage ; alors, si vous percevez en eux une bonne conduite, remettez-leur leurs biens. » (Coran 4:6). Pour le kafil, respecter ces règles de wilaya maliya est une épreuve de sincérité et de crainte révérencielle. En gérant avec intégrité, il cumule la récompense de la justice et celle de la protection d’un être vulnérable, ce qui renforce encore la dimension spirituelle de son engagement.
Les implications du mahram et des règles de pudeur dans le parrainage
Un autre aspect important du parrainage orphelin en islam concerne les règles de mahram et de pudeur (haya). Parce que la kafala ne crée pas de lien de filiation, l’enfant makfoul reste, d’un point de vue juridique, un non-mahram pour certains membres de la famille d’accueil une fois la puberté atteinte. Cela soulève des questions pratiques : comment organiser la vie quotidienne au sein du foyer ? Quelles mesures prendre pour respecter le hijab, la séparation des espaces ou l’évitement de la khalwa (isolement)? Loin d’être des obstacles, ces règles peuvent être intégrées avec sagesse pour garantir un environnement à la fois protecteur et serein.
Le statut de non-mahram entre l’enfant parrainé et la famille d’accueil
En l’absence de filiation biologique ou de lait (allaitement), l’enfant orphelin parrainé est considéré comme un non-mahram vis-à-vis des membres de sexe opposé de la famille d’accueil, une fois qu’il ou elle a atteint la puberté. Par exemple, un garçon makfoul n’est pas mahram pour la mère d’accueil ou ses filles, et inversement, une fille makfoula n’est pas mahram pour le père d’accueil ou ses fils. Cette réalité juridique doit être anticipée dès le début de la kafala, afin d’organiser progressivement les interactions et l’espace de vie en conséquence.
Dans la pratique, cela signifie que les règles générales de mixité en islam s’appliquent : tenue vestimentaire pudique, absence de contacts physiques inappropriés, évitement de l’isolement prolongé entre deux non-mahrams, etc. Certains pourraient craindre que cela crée une distance affective ou émotionnelle avec l’enfant, mais il n’en est rien si l’on cultive une relation basée sur le respect, la tendresse verbale et la présence bienveillante d’autres membres de la famille. L’amour et le soutien ne passent pas uniquement par le contact physique ou l’absence de barrières ; ils peuvent se manifester par l’écoute, la disponibilité, les conseils et les gestes de générosité.
Pour les familles qui envisagent un parrainage orphelin en islam, il est donc conseillé de réfléchir à ces questions dès le départ : comment sera aménagée la maison ? Quelles seront les règles de vie partagées lorsque l’enfant grandira ? En préparant ces éléments en amont, on évite bien des malentendus et l’on permet à l’enfant de comprendre, au fil du temps, que ces règles ne sont pas un rejet de sa personne, mais une application de normes religieuses qui protègent tout le monde.
L’application du hijab et des règles de khalwa après la puberté (bulugh)
Lorsque l’enfant makfoul atteint l’âge de la puberté (bulugh), les règles du hijab et de la khalwa deviennent pleinement applicables. Une jeune fille parrainée devra observer le hijab devant les hommes de la famille d’accueil qui ne sont pas ses mahrams, comme le père d’accueil ou les fils adultes. De même, un garçon parrainé devra respecter les normes de pudeur et éviter de se retrouver en situation de khalwa avec la mère d’accueil ou les filles de la maison. Ces règles, qui peuvent sembler strictes au premier abord, sont en réalité conçues pour prévenir la fitna et préserver la dignité de chacun.
Concrètement, cela peut impliquer une réorganisation progressive de certains aspects de la vie familiale : portes fermées dans certaines situations, présence d’un tiers lors de conversations prolongées, respect des espaces privés. Il est important de communiquer avec l’enfant sur ces changements, en expliquant qu’ils découlent de son entrée dans l’âge adulte et qu’ils s’appliquent de manière générale dans la société musulmane, et pas seulement dans sa famille d’accueil. De cette façon, l’enfant ne se sent pas stigmatisé, mais au contraire reconnu dans sa nouvelle responsabilité religieuse.
Il est possible d’aborder ces questions de façon pédagogique et bienveillante, en montrant que la pudeur n’est pas une barrière à l’amour familial, mais un cadre qui permet à chacun de se sentir en sécurité. Beaucoup de familles ayant pratiqué la kafala témoignent qu’avec le temps, ces ajustements deviennent naturels et n’entament en rien la qualité du lien tissé avec l’orphelin. Vous pouvez voir cela comme l’installation de garde-fous sur un pont : loin de gâcher la vue, ils rendent la traversée plus sûre pour tous.
La solution de la rada’a (allaitement maternel) pour établir un lien de mahramiya
La jurisprudence islamique offre une solution originale pour transformer un non-mahram en mahram sans recourir à la filiation : il s’agit de la rada’a, ou allaitement maternel. Si un enfant de moins de deux ans (âge limite selon la majorité des savants) est allaité un certain nombre de fois par une femme, il devient son enfant de lait et mahram pour elle, son mari et certains de leurs proches, selon les règles détaillées du fiqh. Dans le cadre du parrainage orphelin en islam, cette possibilité permet, dans certains cas, d’éviter les contraintes liées au non-mahram à l’adolescence, en transformant la relation en lien de parenté de lait.
Les conditions précises de la rada’a varient légèrement selon les écoles juridiques (nombre de tétées, intervalle, etc.), mais toutes reconnaissent qu’un allaitement significatif et nourrissant, effectué dans la période définie, crée un lien de mahramiya. Il est donc recommandé aux familles qui envisagent la kafala d’un nourrisson d’en discuter avec un savant compétent, afin de connaître les conditions applicables dans leur école ou leur pays. Si la rada’a est possible et réalisée correctement, la jeune fille makfoula deviendra par exemple mahram pour le père d’accueil en tant que « père de lait », ce qui simplifie grandement les relations futures.
Bien entendu, la rada’a n’est pas toujours possible, notamment lorsque l’enfant est plus âgé ou que la santé de la mère d’accueil ne le permet pas. Dans ces cas, on revient simplement au cadre précédent en appliquant les règles habituelles de pudeur et de non-khalwa. L’important est de savoir que la charia offre plusieurs voies pour concilier protection de l’orphelin, vie familiale sereine et respect des normes religieuses. En vous informant et en vous entourant de conseils savants, vous pouvez construire un projet de kafala à la fois conforme et harmonieux.
Les règles successorales et héritières selon la charia islamique
La question de l’héritage est souvent source d’incompréhensions lorsque l’on aborde le parrainage orphelin en islam. Beaucoup de personnes, par amour pour l’enfant makfoul, souhaiteraient le faire hériter comme un enfant biologique. Or, la charia a établi des règles précises de mirath (succession) qui reposent exclusivement sur les liens de nasab, de mariage ou, dans certains cas, de wala. Pour respecter ces règles tout en assurant une sécurité financière à l’orphelin, il est nécessaire de distinguer ce qui est permis de ce qui ne l’est pas, et d’utiliser les outils juridiques que le droit islamique met à la disposition du kafil.
L’interdiction du mirath (héritage) entre le kafil et l’orphelin parrainé
En principe, il n’existe pas de droit automatique à l’héritage entre le kafil et l’enfant makfoul, puisque la kafala ne crée pas de lien de filiation. Cela signifie que, si le kafil décède sans avoir pris de dispositions particulières, l’orphelin ne fera pas partie des héritiers légaux et ne recevra pas de part du patrimoine, sauf s’il est également parent biologique ou autre héritier légitime. Cette règle peut sembler dure à première vue, surtout lorsque l’enfant a été élevé toute sa vie par la famille d’accueil, mais elle vise à préserver l’équité entre les héritiers de sang et à éviter la confusion des filiations.
De la même manière, l’enfant makfoul ne transmet pas non plus l’héritage de sa famille d’accueil à ses propres héritiers sur la base de la kafala. Toutefois, il conserve bien entendu ses droits à l’héritage au sein de sa famille biologique, si celle-ci est connue et possède un patrimoine. Cela souligne une fois de plus l’importance de ne pas effacer ou falsifier la filiation d’origine, afin de ne pas priver l’enfant de ses droits légaux. Pour le kafil qui souhaite néanmoins assurer une sécurité financière à l’orphelin, la charia prévoit d’autres instruments que l’on peut utiliser dans le respect des limites fixées.
En comprenant cette interdiction de mirath automatique, vous pouvez éviter des attentes irréalistes ou des arrangements contraires à la loi islamique. Plutôt que de voir cette règle comme une entrave, il est plus juste de la considérer comme un cadre qui vous invite à planifier de manière consciente et responsable l’avenir matériel de l’enfant que vous parrainez.
Les alternatives légales : la wasiya (testament) dans la limite du tiers
La première alternative prévue par la charia pour transmettre une partie de ses biens à une personne qui n’est pas héritier légal est la wasiya, ou testament. Selon la majorité des savants, un musulman peut léguer jusqu’à un tiers de son patrimoine à des non-héritiers, qu’il s’agisse d’individus ou d’œuvres caritatives. L’enfant makfoul entre dans cette catégorie, puisque la kafala ne lui donne pas automatiquement un droit au mirath. Ainsi, le kafil peut rédiger un testament précisant qu’une partie (au maximum un tiers) de ses biens reviendra à l’orphelin après son décès.
Pour que la wasiya soit valide, elle doit respecter plusieurs conditions : ne pas dépasser le tiers de l’héritage après paiement des dettes et des frais funéraires, ne pas léser les héritiers obligatoires, être formulée clairement et, idéalement, être consignée par écrit ou enregistrée auprès d’une autorité reconnue. Dans certains pays, il est possible d’établir un testament conforme à la charia tout en le faisant reconnaître par la loi civile. Il est recommandé de consulter un juriste ou un savant spécialisé afin d’harmoniser ces deux cadres juridiques.
Grâce à la wasiya, le parrainage orphelin en islam peut inclure une dimension de sécurisation à long terme, sans contrevenir aux règles successorales. Vous pouvez par exemple décider de léguer à l’orphelin de quoi financer ses études, l’achat d’un logement ou le lancement d’une activité professionnelle. Cette démarche, loin de concurrencer les héritiers légaux, vient compléter votre projet éducatif et caritatif, en prolongeant votre bienveillance au-delà de votre propre vie.
La hibba (donation de son vivant) comme mécanisme de transmission patrimoniale
Une autre voie largement reconnue par les juristes est celle de la hibba, c’est-à-dire la donation effectuée de son vivant. Contrairement à l’héritage, qui ne prend effet qu’après le décès, la hibba permet de transférer la propriété d’un bien à une personne dès maintenant, de votre plein gré. Dans le cadre du parrainage orphelin en islam, vous pouvez ainsi offrir à l’enfant makfoul une somme d’argent, un logement, un fonds d’investissement ou tout autre bien, à condition que la donation soit réelle, non conditionnée à votre décès et effectuée sans injustice envers vos autres ayants droit.
Les savants recommandent toutefois de faire preuve d’équité lorsque les bénéficiaires de la hibba sont vos propres enfants biologiques, afin d’éviter les jalousies et les injustices. Concernant l’orphelin, qui n’est pas héritier légal, vous disposez d’une marge de manœuvre plus grande, tant que vous ne cherchez pas par ce biais à contourner de manière artificielle les règles du mirath. Là encore, il est préférable de consigner les donations importantes par écrit et, si possible, de les officialiser devant un notaire ou une autorité islamique, surtout lorsqu’il s’agit de biens immobiliers ou de montants conséquents.
En combinant intelligemment la hibba et la wasiya, un kafil peut construire un véritable plan de sécurisation financière pour l’enfant makfoul : une partie des besoins à court et moyen terme est couverte par des donations de son vivant, tandis qu’un complément éventuel est prévu par testament dans la limite du tiers. Cette approche structurée permet de concilier fidélité aux règles de la charia et souci concret de l’avenir de l’orphelin.
Le parrainage orphelin selon les législations des pays musulmans contemporains
Au-delà des principes de la charia, le parrainage orphelin en islam est aujourd’hui encadré par des législations nationales qui varient d’un pays à l’autre. Ces lois cherchent à articuler les règles classiques de la kafala avec les standards modernes de protection de l’enfance et, parfois, avec des exigences de droit international. Comprendre ces cadres juridiques est essentiel pour toute famille souhaitant accueillir un enfant, qu’elle vive dans un pays musulman ou dans la diaspora. Examinons brièvement trois exemples : le Maroc, l’Algérie et l’Arabie Saoudite.
Le code de la famille marocain (moudawana) et l’encadrement de la kafala
Au Maroc, la kafala est expressément reconnue et encadrée par le Code de la famille, connu sous le nom de Moudawana, ainsi que par une loi spécifique sur la prise en charge des enfants abandonnés. La kafala y est définie comme l’engagement de prendre en charge l’éducation, la protection et l’entretien d’un enfant mineur, sans création de lien de filiation. Elle peut être accordée à un couple marié, à une personne seule ou, dans certains cas, à une institution. La procédure se déroule généralement devant le juge de la famille, qui vérifie la capacité morale, matérielle et sociale du kafil.
La Moudawana insiste sur le respect de la filiation d’origine, lorsque celle-ci est connue, et sur l’obligation de préserver la religion musulmane de l’enfant si celui-ci est présumé ou déclaré musulman. Le kafil s’engage à assurer la nafaqa de l’enfant, son éducation et sa protection, tout en respectant les règles de succession et de mahram prévues par la charia. Dans la pratique, de nombreux Marocains résidant à l’étranger ont recours à la kafala marocaine pour accueillir un enfant, ce qui soulève parfois des questions de reconnaissance dans les pays d’accueil. Le cadre marocain illustre bien la volonté d’intégrer la tradition de la kafala dans un droit de la famille moderne et codifié.
Pour les familles intéressées par un parrainage orphelin en islam via la Moudawana, il est important de se renseigner précisément sur les conditions légales : âge, état civil, ressources, résidence, etc. Les autorités marocaines sont attentives à la stabilité du foyer et à la capacité du kafil à offrir un environnement éducatif et religieux conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant.
Le système algérien de la kafala notariale et judiciaire
En Algérie, la kafala est également reconnue et réglementée, principalement par le Code de la famille et par des dispositions spécifiques. Elle peut prendre la forme d’un acte notarié ou d’une décision judiciaire, selon les cas. Le kafil s’engage à prendre en charge l’enfant sur tous les plans, sans pour autant créer un lien de filiation ni un droit automatique à l’héritage. Comme au Maroc, la filiation d’origine est protégée, et l’enfant garde son nom et son identité lorsque ceux-ci sont connus.
La kafala algérienne peut être accordée à des familles résidant en Algérie ou à l’étranger, sous réserve de certaines conditions et contrôles. Le juge ou le notaire vérifie la moralité du kafil, sa capacité financière, ainsi que sa conformité religieuse (l’enfant musulman doit être pris en charge par un musulman). Le système algérien met également l’accent sur le suivi de la situation de l’enfant, notamment lorsque la kafala implique un départ à l’étranger. Dans les faits, de nombreux enfants orphelins ou abandonnés bénéficient de cette forme de protection, qui permet de concilier tradition islamique et normes modernes de protection de l’enfance.
Pour une famille souhaitant mettre en œuvre un parrainage orphelin en islam en Algérie, il est utile de distinguer la kafala interne (au sein du pays) de la kafala impliquant une expatriation. Dans ce dernier cas, les autorités peuvent être plus exigeantes, afin de s’assurer que les droits de l’enfant seront respectés dans le pays d’accueil et que la kafala ne sera pas assimilée à une adoption plénière contraire à la charia.
Les pratiques en arabie saoudite sous l’autorité du ministère du travail et du développement social
En Arabie Saoudite, la prise en charge des orphelins et des enfants sans soutien familial est organisée en grande partie par l’État, via le ministère du Travail et du Développement social. Des centres spécialisés accueillent ces enfants, et des familles peuvent se porter volontaires pour les prendre en charge dans le cadre de programmes de type kafala. Le principe reste celui de la non-création d’un lien de filiation juridique, tout en assurant un environnement familial stable et religieux.
Le ministère fixe des critères assez stricts pour les familles candidates : stabilité conjugale, niveau de pratique religieuse, capacité financière, santé, absence de casier judiciaire, etc. Des visites et des évaluations sont effectuées avant et après la mise en place de la kafala pour s’assurer du bien-être de l’enfant. En parallèle, des bourses et aides financières sont parfois accordées par l’État aux familles qui prennent en charge un orphelin, afin de les soutenir dans les dépenses de nafaqa et d’éducation.
Les pratiques saoudiennes montrent une forte implication institutionnelle dans le parrainage orphelin en islam, avec un accent particulier sur la conformité religieuse et la supervision sociale. Pour les résidents du Royaume, il est possible de se rapprocher directement des services sociaux pour connaître les procédures en vigueur et les possibilités d’accueil. Cette approche étatique complète l’action des associations caritatives et met en lumière l’importance accordée, au niveau national, à la protection des enfants privés de famille.
Les défis contemporains du parrainage transnational et de la reconnaissance internationale
Enfin, le parrainage orphelin en islam se heurte aujourd’hui à de nouveaux défis liés à la mondialisation, aux migrations et à la diversité des systèmes juridiques. De plus en plus de familles musulmanes vivant en Europe, en Amérique du Nord ou dans d’autres régions non musulmanes souhaitent recourir à la kafala pour accueillir un enfant originaire d’un pays musulman. Or, dans de nombreux États occidentaux, la kafala n’est pas toujours reconnue comme une forme d’adoption, ce qui peut poser des problèmes en matière de statut de séjour, de droits sociaux, d’autorité parentale ou de succession.
La Cour européenne des droits de l’homme, par exemple, a eu à se prononcer sur plusieurs affaires de kafala, reconnaissant parfois la nécessité de prendre en compte l’intérêt supérieur de l’enfant tout en laissant aux États une certaine marge d’appréciation. Dans la pratique, certains pays acceptent de transformer une kafala en une forme d’adoption simple, ce qui peut entrer en tension avec les exigences de la charia en matière de filiation. D’autres proposent des formes de tutelle ou de garde légale sans création de filiation, plus proches de l’esprit de la kafala, mais moins connues du grand public.
Pour les familles musulmanes de la diaspora, il est donc crucial de se renseigner en détail sur les lois de leur pays de résidence et de chercher des solutions compatibles à la fois avec le droit local et le droit islamique. Cela peut impliquer, par exemple, de conserver la kafala comme base religieuse et morale tout en recourant à des statuts civils de type « tutelle », « guardianship » ou « placement familial » qui n’altèrent pas la filiation. Il est souvent nécessaire de travailler en collaboration avec des juristes spécialisés, des associations musulmanes et, le cas échéant, des autorités consulaires du pays d’origine de l’enfant.
Un autre défi majeur concerne la dimension éthique du parrainage transnational : comment s’assurer que l’intérêt supérieur de l’enfant est réellement respecté ? Comment éviter que la kafala ne soit détournée à des fins migratoires ou économiques, au détriment du bien-être psychologique et culturel de l’orphelin ? Ces questions invitent à une grande vigilance et à une transparence totale dans les procédures. Les familles candidates doivent se préparer sérieusement, tant sur le plan matériel que sur le plan psychologique et spirituel, avant de s’engager dans un projet aussi lourd de conséquences.
Face à ces défis, la communauté musulmane est appelée à développer des cadres plus clairs, des ressources d’accompagnement et des réseaux de solidarité pour le parrainage orphelin en islam, notamment dans le contexte transnational. En combinant la sagesse des principes traditionnels et l’exigence de protection de l’enfance, il est possible de construire des parcours de kafala qui honorent à la fois les droits de l’enfant, la conscience religieuse des familles et les exigences des sociétés contemporaines.
